Alpha Condé : retour sur l’histoire de l’ex chef d’Etat

• l’ex-président Alpha Condé a eu une histoire politique mouvementée

• Son histoire a commencé avec ses origines gauchistes

• Les mécontentements ont abouti à un coup d’Etat

Président de la Guinée depuis 2010, Alpha Conndé est né en 1938 à Boké en Basse-Guinée. Malinké d’origine, formé au collège des pères, Alpha Condé part en France dès l’âge de 15 ans pour suivre ses études. Bachelier, Alpha Condé vivra une jeunesse militante de gauche et très engagée. Diplômé d’économie, de droit public et de sociologie, il enseigne à la Sorbonne et se lie avec tout un réseau de personnalités de gauche. Militant étudiant, il est à la tête de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). En 1977, il créé l’actuel Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti d’opposition au président Lansana Conté. En 1985, il crée Afrilconsult, un bureau d’études économiques et financières, dont il est le directeur général jusqu’en 2001.

Un engagé des premières heures

Historiquement gauchiste, Alpha Condé sera d’abord favorable à Sékou Touré, qui vient de proclamer l’indépendance après le « non » historique au référendum de 1958. Mais il retournera sa veste trois ans plus tard en raison de la dérive autoritaire du régime qui le condamnera par ailleurs à mort par contumace en 1970. Mécontent et voulant changer les choses, il rentre au pays en 1991 et se présente à l’élection présidentielle en 1993, puis en 1998, mais il est arrêté peu avant la proclamation des résultats et condamné à cinq ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État à l’issue d’une bataille judiciaire très populaire. L’ »affaire Alpha Condé », comme elle est souvent décrite dans la presse, a donné lieu à un procès retentissant et marque un tournant politique important pour la Guinée. Le 11 septembre 2000, à l’issue d’un procès commencé le 12 avril précédent devant la « Cour de sûreté de l’État guinéen », spécialement constituée à cet effet, il est condamné à cinq ans de réclusion criminelle pour « atteintes à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire national » et « emploi illégal de la force armée ». Son jugement est décrié dans la presse africaine et internationale. Alpha Condé est finalement libéré le 18 mai 2001, après avoir fait l’objet d’une grâce présidentielle, vingt-huit mois après son arrestation.

Dans une autobiographie intitulé « Un Africain engagé ». Alpha Condé retrace son parcours politique, indissociable de l’histoire de la Guinée indépendante. Il y réaffirme son attachement aux valeurs de démocratie et de justice sociale. Il y prône, surtout, une rupture avec les pratiques de l’ancien régime, gangrené par la corruption. Avant de définir ses priorités pour le « changement »: « »Satisfaire les besoins fondamentaux de l’homme, se nourrir, se soigner, s’instruire, se loger », pouvait-on y lire.

Condé, au pouvoir

Il se présentera aux élections de 2010, jouant sur les sentiments, et arguant qu’il sera différent, n’ayant jamais été dans le gouvernement. « J’ai hérité d’un pays, mais pas d’un État », clamait-il à qui voulait l’écouter, pour justifier l’ampleur de la tâche. Dix ans plus tard, Alpha Condé se vante de grandes réalisations. Il se targue d’avoir mis au pas l’armée, construit des barrages hydroélectriques et révisé les contrats miniers léonins. Mais la population ne voit toujours pas les choses avec le même optimisme et grogne. Elle ne ressent pas les retombées de la forte croissance, portée uniquement par l’exportation de bauxite. Ainsi se termine un premier mandat sur fond de mécontenetement et d’amertume.

Réélu dès le premier tour en 2015, le président promet de dédier son second mandat aux femmes et aux jeunes mais le constat est tout de suite flagrant dès la composition du premier gouvernement. Son gouvernement n’applique pas encore la parité introduite dans la nouvelle Constitution. En 2013, il prend personnellement en main la riposte à l’épidémie d’Ebola. Il prendra personnellement en charge les détails de ses manifestations. Encore aujourd’hui, on l’entend commander les boîtes de sardines destinées à confectionner les sandwichs pour ses délégués de campagne ou les tee-shirts aux couleurs du parti. Aux temps forts de la pandémie du Covid-19, Alpha Condé descendra dans les rues et exhortera la population a faire profusion du « mentholatum ».

Tribun et populiste

Il n’hésitera également pas à monter à la tribune des médias internationaux pour justifier ses actions et ponctuer ses promesses. « C’est extraordinaire que je sois considéré comme un dictateur », s’exclame-t-il dans une récente interview à RFI, avant de balayer d’un revers de main dédaigneux les rapports des ONG internationales qui documentent les violences des forces de sécurité et les dizaines de morts en marge des manifestations depuis 2010.

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