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Un militaire de la Gendarmerie nationale a été mortellement blessé en Nouvelle-Calédonie


Conformément aux accords de Matignon de 1998, trois référendums d’autodétermination ont été organisés en Nouvelle-Calédonie entre 2018 et 2021. Et, à chaque fois, une majorité de ceux qui étaient autorisés à s’exprimer dans les urnes ont réaffirmé l’attachement de l’archipel à la France. En effet, en 2007, l’exécutif français avait accepté, à la demande des organisations indépendantistes, de « geler » le corps électoral, c’est à dire que les résidents de fraîche date du « Caillou » n’ont actuellement pas le droit de voter aux élections provinciales.

D’où le projet de réviser la Constitution afin d’élargir le corps électoral néo-calédonien à 25’000 natifs et résidents depuis 10 ans. Si cette mesure est réclamée par les « loyalistes » – il s’agit de donner les mêmes droits à tous -, les indépendandistes y sont farouchement opposés. Ce qui a donc donné lieu à deux nuits de violentes émeutes dans l’archipel, marquées par des tirs à balles réelles, alors que l’Assemblée nationale examinait le projet de loi relatif à cette révision constitutionnelle.

Le 14 mai, après une nuit de violences au cours de laquelle 54 gendarmes et policiers ont été blessés, le Haut-commissaire de la République, Louis Le Franc, a décrété un couvre-feu à Nouméa.

Mais cette mesure n’a eu aucun effet. Pire : la situation s’est encore dégradée par la suite, au point que certains ont parlé d’un état insurrectionnel. Des habitants se sont ainsi organisés en milices afin de proteger leurs familles et leurs biens. Et au moins deux personnes ont perdu la vie lors de nouvelles violences.

Lors d’une nouvelle conférence de presse, M. Le France a appelé la population à ne « pas constituer de milices » pour se défendre contre les émeutiers qui « sont là par milliers et non pas centaines ». Et d’ajouter : « S’il le faut, je ferai appel aux forces armées ».

Mais on n’en est pas encore là, le président Macron ayant pour le moment décrété l’état d’urgence à l’issue d’un Conseil de défense tenu ce 15 mai. De leur côté, les formations politiques calédoniennes, qu’elle soient loyalistes ou indépendantistes, ont lancé des appels au calme.

En attendant, les forces de l’ordre sont les principales visées par les émeutiers. Et ce que redoutait la Gendarmerie nationale depuis maintenant plusieurs années a malheureusement fini par arriver…

En effet, un militaire âgé de 24 ans, appartenant à l’escadron de gendarmerie mobile [EGM] 21/1 de Melun, a été mortellement blessé par balle, dans la nuit du 14 au 15 mai.

« Après une nuit de protection, dans un endroit particulièrement dangereux, où les tirs ont été à balle réelle, des ‘vieux’, comme on dit en Nouvelle-Calédonie, sont venus parler aux gendarmes. Il a alors retiré son casque et il s’est fait tirer dessus, en plein front », a relaté Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, lors d’une séance au Sénat.

Selon la Gendarmerie, plus de 550 gendarmes sont affectés en permanence en Nouvelle-Calédonie. Le 14 mai, ils ont reçu le renfort de quatre EGM supplémentaires et de 15 membres du GIGN. « Le 15 mai 2024, 500 gendarmes et policiers sont annoncés en renfort dans les prochaines 24 heures », a-t-elle précisé.

Par ailleurs, si cette explosion de violence a un lien avec le « dégel » du corps électoral, il n’est pas impossible qu’elle soit aussi le fait d’influences extérieures… Ainsi, en 2023, l’Azerbaïdjan a pris fait et cause pour les indépendantistes néo-calédoniens, via le Groupe d’Initiative de Bakou [GIB] dont l’objectif est de soutenir la lutte « contre le colonialisme et le néo-colonialisme »… mais limitée à la Nouvelle-Calédonie, la Guyane, la Polynésie française, aux Antilles françaises et à la Corse.

Fin avril, après que le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a signé un mémorandum de coopération avec l’Azerbaïdjan, M. Darmanin a dénoncé une « ingérence extrêmement néfaste ». Et d’ajouter : « Il ne m’avait pas paru évident que l’Azerbaïdjan avait un intérêt économique, politique, culturel ou sportif dans le Pacifique Sud ».

Outre l’Azerbaïdjan, la Russie pourrait être tentée de souffler sur les braises, comme à l’époque où l’Union soviétique défendait la cause Kanak. Selon la cellule investigation de Radio France, des banderoles affichant le slogan « Président Poutine, libère nos colonies » auraient été brandies lors de manifestations organisées par les indépendandistes. Simple provocation ?

« La Russie pourrait faire dans le Pacifique ce qu’elle a fait en Afrique, en jouant sur les ressentiments anti-français pour soutenir des mobilisations parfois violentes et déstabiliser la présence française », estime Bastien Vandendyck, un spécialiste des relations internationales, proche des loyalistes néo-calédoniens.

Enfin, et comme l’avait souligné un rapport de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Miliaire [IRSEM] publié en 2021, la Chine porte un intérêt particulier aux mouvance indépendantiste néo-calédonnienne.

« Si Pékin suit de près la progression du camp indépendantiste […], c’est parce qu’une Nouvelle-Calédonie indépendante serait de facto sous influence chinoise et présenterait au moins deux intérêts majeurs pour le Parti-État », avait avancé les auteurs de ce document. D’abord, celui lui permettait de couper l’Australie d’éventuels renforts venant des États-Unis. Ensuite, cela lui aussureait un approvisionnement privilégié en matières premières, notamment en nickel.

Photo : Illustration / Gendarmerie nationale





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