Paul Biya absent : Ngoh Ngoh inflige une première humiliation à Dion Ngute

Préalablement annoncé et attendu pour couper le ruban symbolique de l’édifice public situé en face de ses services, le Premier ministre, Chef de gouvernement se voit supplanter par le ministre de l’Habitat et du développement urbain, désignée en dernière minute par une note signée du ministre d’Etat, Secrétaire général de la présidence de la République hier lundi 16 mai 2022.

C’est finalement Célestine Ketcha Courtès qui va présider à la cérémonie officielle d’inauguration du « Monument le Patriote » ce jour à Yaoundé. Ainsi en a décidé en dernier ressort Ferdinand Ngoh Ngoh, le Minetat/Sgpr sous hautes instructions, argue-t-il, du président de la République Paul Biya.

Dans une correspondance signée dare-dare hier lundi et portant la mention « Très urgent », le patron de l’administration à Etoudi porte à l’attention du Minduh que c’est bien elle qui a été désigné pour présider cette cérémonie à laquelle est convié le gratin politico-administratif de la ville siège des institutions. « J’ai l’honneur de vous faire connaître que le Chef de l’Etat vous demande de présider la cérémonie d’inauguration du « Monument Patriote », qui aura lieu le mardi 17 mai 2022 au Rond-point des Services du Premier ministre », écrit Ngoh Ngoh.

Une décision qui a le don de surprendre puisque dans les tuyaux, il se murmurait que c’est bien Joseph Dion Ngute qui représenterait personnellement « l’homme du 6 novembre 82 » à cet événement dont la portée historique est vantée depuis le début des travaux en janvier dernier.

Que s’est-il donc passé pour que le Pm soit botté en touche aussi honteusement alors même que l’édifice a été érigé presqu’au seuil de ses services ? A-t-il été bloqué par un empêchement de dernière minute ou a- t-il d’autres urgences inscrits dans son agenda qui ne lui permettent plus d’honorer de sa présence à ladite cérémonie ? Mystère et boule de gomme. Ce qu’on sait, c’est que ce n’est pas lui qui va lever le voile sur ce joyau architectural qui dévoile déjà ses charmes au grand public, séduit par sa majesté et sa beauté.

Elégance diplomatique

Si les affidés de Ketcha Courtès voient en cette instruction du Chef de l’Etat, une haute marque d’attention, une preuve de sa confiance ou un privilège inégalable, beaucoup d’analystes politiques parlent d’un cinglant désaveu si ce n’est un pied de nez du Minetat/Sgpr au Chef du gouvernement.

« Pour un monument aussi chargé de sens et de symbole, l’élégance diplomatique aurait voulu que le Pm qui est quand même le patron du gouvernement et par ailleurs maître des céans, préside à la cérémonie d’inauguration. Loin d’être un privilège, c’est aussi une question de préséance et de bon sens, chers à l’harmonie gouvernementale que prône le président de la République », commente un diplomate en service au ministère des Relations extérieures.

Après avoir successivement coupé et au nom de Paul Biya, le ruban symbolique du nouveau et futuriste siège de la Direction générale des impôts (Dgi) ainsi que celui de l’Institut national de la statistique (Ins), Dion Ngute n’aura malheureusement pas l’occasion d’accomplir le même rituel pour ce Monument aux composantes esthétiques, socio-culturelles « à la dénomination significative, interpellative et suggestive », pour reprendre le Maire de la ville, maître d’ouvrage.

L’apôtre du dialogue

Suffisant pour que certains de ces défenseurs crient à un autre complot ourdi contre le locataire de l’Immeuble Etoile. Lui qui y a été installé alors qu’il n’a jamais été ministre plein. Paul Biya, champion des contrepieds, avait sans doute vu en ce fin diplomate, des aptitudes à fédérer, réconcilier et redonner une autre vision du poste de Premier ministre aux yeux des membres du gouvernement qui ont longtemps cru que cette fonction n’était destiné qu’à des faire-valoir. Le président de la République avait sans doute vu en Joseph Dion Ngute, des allures d’un vrai serviteur, dévoué et prêt à accomplir les quatre volontés de son patron.

Nommé Chef du gouvernement en plein conflit anglophone, l’homme a compris que loin d’un cadeau empoisonné, la perche lui était tendue de jouer sa carte à fond et d’accomplir sa destinée politique. Il avait surtout compris qu’on venait de lui confier une lourde et délicate mission : celle d’être l’hirondelle qui apporte le printemps dans le Noso, la colombe qu’on envoie dans un terrain miné, répandre les semences de cette paix qui a quitté la partie anglophone du Cameroun depuis 2016. Loin des flonflons, des youyous et des vivats liés à cette heureuse promotion, il fallait se montrer à la hauteur de la tâche et éviter de décevoir. Sortir des lambris dorés de la Primature pour aller sur le terrain du dialogue. Rideaux !

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